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Santé 5 juin 2026 | Maxime Chontellier

Quel parent transmet le TDAH à son enfant ? Quelle responsabilité de la génétique ?

Vous avez peut-être scruté vos propres comportements ou ceux de votre conjoint après avoir reçu le diagnostic de votre enfant. Cette tendance à perdre ses clés, cette agitation intérieure ou ces pensées qui s’entrechoquent… vous vous demandez si vous êtes « responsable » de ce fonctionnement neurodéveloppemental. Quel parent transmet le TDAH à son enfant ? Il est temps de briser les mythes : la science ne pointe pas un coupable unique. La transmission de ce trouble est un processus biologique complexe où le hasard génétique joue un rôle majeur, impliquant potentiellement les deux lignées familiales sans distinction de sexe.


L’essentiel en 30 secondes

Aucun parent exclusif
La vulnérabilité génétique peut provenir du père, de la mère, ou des deux simultanément sans qu’un sexe ne soit dominant.
🚨
Forte héritabilité (74 %)
Le TDAH a une origine principalement génétique, reposant sur l’accumulation de multiples variants (architecture polygénique). Son héritabilité est estimée entre 70 et 88 % selon les études.
🔑
Origine multifactorielle
L’hérédité interagit avec des facteurs environnementaux et périnataux, rendant l’évaluation par un professionnel de santé indispensable.

Aucun parent ne transmet seul le TDAH : rôle génétique des deux parents

L’idée qu’un gène unique « TDAH » serait transmis par le père ou par la mère comme on transmettrait une couleur de cheveux est une erreur scientifique. Il n’existe pas de « gène du père » ou de « gène de la mère » qui porterait seul la responsabilité du trouble. Le TDAH est une condition dont la vulnérabilité génétique est partagée.

💡 À retenir :

Le TDAH présente une forte héritabilité, estimée entre 70 et 88 % selon les méthodes et les revues de référence. Cette transmission est dite polygénique, ce qui signifie qu’elle implique des centaines de variations génétiques minuscules réparties sur l’ensemble du génome.

Les recherches montrent que le risque pour un enfant est particulièrement élevé lorsque les deux parents sont atteints par le trouble. Dans ce cas, la probabilité de transmission des variants génétiques associés à l’inattention ou à l’hyperactivité augmente mécaniquement. Cependant, même si un seul parent présente des symptômes, le patrimoine génétique de l’autre parent peut également contenir des facteurs de vulnérabilité silencieux qui, une fois combinés, déclenchent le trouble chez l’enfant.

Le ton doit rester neutre : il s’agit d’une loterie biologique. Utiliser le terme de « transmission » ne doit pas induire une notion de faute, mais plutôt de continuité biologique. Les études montrent que les parents au premier degré de patients présentent un risque 4 à 10 fois plus élevé de présenter eux-mêmes un TDAH, confirmant le caractère familial marqué du trouble.

Père aidant son fils à se concentrer sur une activité créative

Hérédité multifactorielle : comprendre l’architecture polygénique

Pour comprendre comment le TDAH circule dans une famille, il faut s’éloigner du modèle classique où un gène dominant dicte une maladie. La science moderne décrit une architecture beaucoup plus nuancée.

  • Mécanisme polygénique : Le risque global repose sur de nombreux variants génétiques communs. Chaque variant possède un effet individuel très faible, mais leur accumulation dépasse un seuil de vulnérabilité (Demontis et al., 2023).
  • Surtransmission directe : Les études menées sur des trios (père-mère-enfant) confirment une surtransmission directe du risque polygénique. Cela signifie que l’enfant reçoit une charge génétique active de ses parents.
  • Absence de prédominance sexuelle : Aucune donnée scientifique solide ne permet d’affirmer qu’un sexe transmet davantage le trouble. Le père n’est pas plus « transmetteur » que la mère, et inversement.
  • Effets d’origine parentale : Bien que des recherches explorent si certains gènes s’expriment différemment selon qu’ils viennent du père ou de la mère, les preuves actuelles restent insuffisantes pour établir une règle clinique.

Cette complexité explique pourquoi, dans une même fratrie, un enfant peut présenter un TDAH sévère tandis qu’un autre n’affiche aucun symptôme. La combinaison des allèles reçus est unique à chaque conception. Il est donc scientifiquement impossible de désigner quel parent transmet le TDAH de manière isolée.

💡 À retenir :

Le TDAH n’est pas le résultat d’un « défaut » éducatif ou d’un choix, mais d’une réalité biologique complexe où environ 71 à 73 % de la variance des symptômes est expliquée par des facteurs génétiques.

Le rôle complémentaire des facteurs environnementaux dans le neurodéveloppement

Si la génétique pose les fondations, elle ne construit pas seule l’édifice. Le TDAH est un trouble multifactoriel où l’environnement interagit avec la vulnérabilité génétique initiale. Cette interaction peut atténuer ou, au contraire, accentuer la manifestation des symptômes au cours du développement de l’enfant.

🚨 Avertissement / Exception :

Certains facteurs de risque périnataux comme la grande prématurité, un petit poids de naissance ou l’exposition à certaines toxines pendant la grossesse peuvent influencer le neurodéveloppement. Ces éléments ne « causent » pas le TDAH seuls, mais s’ajoutent au terrain héréditaire.

Il est crucial de comprendre que la présence de facteurs génétiques ne garantit pas l’apparition du trouble, tout comme leur absence ne l’exclut pas totalement. Le cerveau est d’une plasticité remarquable, et le cadre de vie, bien qu’il ne soit pas la cause du trouble, joue un rôle dans la gestion quotidienne des difficultés d’attention ou d’impulsivité.

Seul un professionnel de santé qualifié (pédopsychiatre, neurologue ou neuropsychologue) est habilité à réaliser une évaluation complète. Le diagnostic repose sur des critères cliniques précis et l’observation de l’impact des symptômes dans plusieurs domaines de la vie. Ne tentez jamais de poser un diagnostic vous-même ou de culpabiliser un membre de la famille sur la base de ressemblances comportementales.

En résumé, la question de savoir quel parent transmet le TDAH à son enfant trouve sa réponse dans la science de la complexité : c’est un héritage partagé, souvent issu des deux lignées, qui rencontre un environnement spécifique. Plutôt que de chercher une responsabilité parentale, l’enjeu actuel est de favoriser un accompagnement médical précoce et professionnel. Comprendre la nature polygénique et multifactorielle de ce trouble du neurodéveloppement permet d’aborder la situation avec plus de lucidité et moins de stigmatisation, offrant ainsi à l’enfant les meilleures chances de s’épanouir avec son fonctionnement unique.


Questions fréquentes

Le TDAH saute-t-il une génération ?

Le TDAH ne « saute » pas de génération au sens biologique, mais ses symptômes peuvent être plus ou moins visibles selon les individus. Un parent peut porter des variants génétiques sans exprimer de gêne fonctionnelle majeure, alors que son enfant pourra présenter un trouble complet.

Si je n’ai pas de TDAH, mon enfant peut-il l’avoir ?

Oui. Le TDAH étant polygénique, un enfant peut hériter d’une combinaison spécifique de gènes provenant de ses deux parents qui, séparément, ne causent pas de trouble, mais dont l’accumulation chez l’enfant dépasse le seuil de diagnostic.

Existe-t-il un test génétique pour dépister le TDAH ?

Non. En raison de son architecture polygénique impliquant des centaines de variants, il n’existe pas de test génétique simple pour diagnostiquer le TDAH. Le diagnostic reste strictement clinique et médical.

📚 Sources

Maxime Chontellier

À propos de l'auteur

Ecrit par Maxime Chontellier

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