Pourquoi les Autrichiennes glissaient-elles une pomme sous leur aisselle avant de danser ?
En Basse-Autriche, le signal d’intérêt après un bal n’était pas un billet doux : c’était une tranche de pomme portée sous l’aisselle pendant toute la danse, puis tendue au garçon choisi.
Imagine la scène : nous sommes au cœur d’un village autrichien, la musique s’arrête, et une jeune femme te tend un quartier de fruit imprégné de sa propre transpiration.
Ce geste, qui peut sembler absurde ou repoussant aujourd’hui, était pourtant un rituel de séduction rapporté dans certaines régions d’Autriche rurale jusqu’au XIXe siècle.
Tu n’avais alors que deux options : croquer dans ce fruit pour valider ton attachement ou le refuser poliment, signifiant ainsi la fin de tout espoir pour ta prétendante.
Loin d’être une simple anecdote, cette pratique révèle une compréhension intuitive (bien qu’expérimentale) de la chimie des corps et des signaux invisibles qui nous attirent.
Découvre comment ce rituel (l’Apfelschnitztanz), la danse du quartier de pomme rapportée notamment par Die Presse, a marqué l’histoire du folklore autrichien et ce que la science moderne dit vraiment de cette « pomme phéromonale ».
Pomme sous l’aisselle, danse, offrande : le geste exact
L’Apfelschnitztanz, ou « danse du quartier de pomme », trouve son ancrage principal dans les récits folkloriques de Basse-Autriche (Niederösterreich).
Le protocole rapporté était simple : les jeunes femmes célibataires et nubiles se rendaient au bal avec un quartier de pomme (un Apfelschnitz) dissimulé sous leur aisselle.
Pendant que les corps s’échauffaient au rythme des danses villageoises, le fruit absorbait la sueur axillaire de la danseuse, se chargeant de ses effluves corporels.
Ce n’était qu’à la fin de la soirée, ou après une danse particulièrement intense, que la jeune femme sortait le fruit pour l’offrir au garçon de son choix.
Dans l’Autriche rurale du XIXe siècle, ce geste constituait une véritable déclaration de cour, directe et sans ambiguïté.
Si le jeune homme, appelé le Bursche, acceptait de manger le quartier de pomme avec plaisir, il confirmait un intérêt réciproque immédiat, livrant ainsi l’un des plus évidents signes d’attirance masculine de son époque.
À l’inverse, un refus poli marquait la fin de la parade nuptiale, sans qu’aucun mot n’ait besoin d’être échangé entre les deux protagonistes.
Cette coutume a été remise en lumière par les travaux de vulgarisation de Michaela Vieser et Irmela Schautz dans leur ouvrage de 2016, Für immer und jetzt.
Elle y est décrite comme un test de compatibilité sensorielle où l’élu pouvait littéralement « goûter » l’essence de sa partenaire potentielle.
- Le lieu : Principalement la Basse-Autriche rurale.
- Le moment : Les bals de village, jusqu’au XIXe siècle environ.
- L’acteur : L’initiative du choix appartenait à la femme.
- Le verdict : Manger la pomme confirmait l’intérêt réciproque.
Odeur, intérêt, science : ce que le geste voulait dire, et ce qu’il ne prouve pas
Derrière ce « Schmankerl » (friandise) sucré-salé se cache une idée forte : celle que les amoureux doivent pouvoir « se sentir » au sens propre du terme.
Tu as peut-être déjà entendu parler de la compatibilité olfactive, une théorie qui suggère que nous sommes attirés par l’odeur de partenaires génétiquement complémentaires.
La science a effectivement exploré cette piste, notamment avec la célèbre étude de Wedekind et al. en 1995 sur les T-shirts portés.
Cette recherche montrait que les femmes préféraient l’odeur d’hommes ayant des gènes du complexe majeur d’histocompatibilité (MHC) différents des leurs, favorisant ainsi des enfants au système immunitaire plus robuste.
Cependant, il est crucial de ne pas faire de raccourci : ces résultats portaient sur des odeurs d’hommes MHC-dissimilaires et non sur l’efficacité d’une pomme de bal.
L’étude de Wedekind et Füri en 1997 précisait d’ailleurs que la part de variance expliquée par le MHC dans l’agréabilité d’une odeur se situait seulement r² entre 0 et 23 %.
De plus, une vaste méta-analyse de 2020 menée par Havlíček, Winternitz et Roberts a douché les espoirs des partisans du « coup de foudre olfactivement programmé ».
En analysant des dizaines d’études, les chercheurs n’ont trouvé aucun effet moyen significatif du MHC sur les préférences d’odeur ou le choix réel du partenaire.
Il n’existe donc aucune étude scientifique validant l’efficacité de la pomme d’aisselle comme filtre d’amour ou preuve de compatibilité biologique.
Il faut considérer l’Apfelschnitztanz pour ce qu’il est : un folklore rapporté, une curiosité historique fascinante, et non un protocole de rencontre validé par le laboratoire.
En 2026, si tu croises ce récit sur les réseaux sociaux, garde à l’esprit qu’il s’agit d’un détail de cour mémorable issu de récits anciens, et non d’une tendance actuelle.
Le geste de la pomme d’aisselle reste un témoignage unique de la manière dont nos ancêtres tentaient de matérialiser l’alchimie mystérieuse de l’attirance humaine.
C’est une fenêtre ouverte sur un monde où la séduction passait par le corps, le goût et l’odorat, bien avant l’ère des algorithmes de rencontre. De nos jours, on cherche plutôt à décoder la gestuelle d’un homme attiré.
Tu peux retenir l’Apfelschnitztanz comme une anecdote de dîner brillante, mais évite d’en faire une science de l’amour à reproduire lors de ton prochain rendez-vous.
L’arbitrage est clair : apprécie le folklore pour sa poésie brute, tout en exigeant la rigueur scientifique dès que l’on parle de biologie de l’attraction.
À propos de l'auteur
Ecrit par Maxime Chontellier